• Des pistes pour le commentaire

    Pour l'extrait du chapitre XV, partie II (voir texte ci-dessous), voici quelques questions pour vous aider à préparer le commentaire. Attention ces questions ne donnent pas un plan, utilisez-les pour observer le texte et en tirer une interprétation, avant d'organiser votre plan.

    Dans le passage, Julien argumente avec lui-même, il délibère puisqu'il se demande s'il doit aller ou non au rendez-vous donné par Mathilde. 
    Quels sont ses arguments ?
    Son argumentation est-elle construite ?
    Prend-il une décision ?
    Observez l'emploi des temps dans les parioles ou pensées de Julien. Comment peut-on l'interpréter ?
    Comment connaît-on ses pensées ?
    Quelles sont ses émotions et comment sont-elles exprimées, comment les connaît-on ?
    Que nous apprend ce texte sur le personnage de Julien ? Quelles sont ses valeurs ? L'amour est-il important pour lui dans ce passage du roman ?
    Le texte comporte de nombreux noms propres, qui désignent des personnages du roman mais aussi d'autres personnages. Identifiez-les. Que signifient ces références ?
    Tout le texte est-il du point de vue de Julien, ou peut-on déceler la présence du narrateur ? 

    Quand Julien dit "il y va de l'honur", ce n'est pas une faute de frappe, c'est l'accent gascon !!

    Partie II, chapitre XV - Est-ce un complot ?

     Mathilde, dans des lettres, a avoué son amour à Julien, mais il n'ose y croire et se demande si on ne veut pas se moquer de lui. La jeune femme vient de lui lancer un billet dans lequel elle l'invite à la rejoindre le soir même dans sa chambre. Il hésite : doit-il se rendre à ce rendez-vous ?

     

    Il fut un quart d’heure à réfléchir. À quoi bon le nier ? dit-il enfin ; je serai un lâche à ses yeux. Je perds non seulement la personne la plus brillante de la haute société, ainsi qu’ils disaient tous au bal de M. le duc de Retz, mais encore le divin plaisir de me voir sacrifier le marquis de Croisenois, le fils d’un duc, et qui sera duc lui-même. Un jeune homme charmant qui a toutes les qualités qui me manquent : esprit d’à-propos, naissance, fortune…

    Ce remords va me poursuivre toute ma vie, non pour elle, il est tant de maîtresses!

    … Mais il n’est qu’un honneur!

    dit le vieux don Diègue, et ici, clairement et nettement, je recule devant le premier péril qui m’est offert ; car ce duel avec M. de Beauvoisis se présentait comme une plaisanterie. Ceci est tout différent. Je puis être tiré au blanc par un domestique, mais c’est le moindre danger ; je puis être déshonoré.

    Ceci devient sérieux, mon garçon, ajouta-t-il avec une gaieté et un accent gascons. Il y va de l’honur. Jamais un pauvre diable, jeté aussi bas que moi par le hasard, ne retrouvera une telle occasion ; j’aurai des bonnes fortunes, mais subalternes…

    Il réfléchit longtemps, il se promenait à pas précipités, s’arrêtant tout court de temps à autre. On avait déposé dans sa chambre un magnifique buste en marbre du cardinal Richelieu, qui malgré lui attirait ses regards. Ce buste avait l’air de le regarder d’une façon sévère, et comme lui reprochant le manque de cette audace qui doit être si naturelle au caractère français. De ton temps, grand homme, aurais-je hésité ?

    Au pire, se dit enfin Julien ; supposons que tout ceci soit un piège, il est bien noir et bien compromettant pour une jeune fille. On sait que je ne suis pas homme à me taire. Il faudra donc me tuer. Cela était bon en 1574, du temps de Boniface de La Mole, mais jamais celui d’aujourd’hui n’oserait. Ces gens-là ne sont plus les mêmes. Mlle de La Mole est si enviée! Quatre cents salons retentiraient demain de sa honte, et avec quel plaisir!

    Les domestiques jasent, entre eux, des préférences marquées dont je suis l’objet, je le sais, je les ai entendus…

    D’un autre côté, ses lettres!… ils peuvent croire que je les ai sur moi. Surpris dans sa chambre, on me les enlève. J’aurai affaire à deux, trois, quatre hommes, que sais-je ? Mais ces hommes, où les prendront-ils ? où trouver des subalternes discrets à Paris ? La justice leur fait peur… Parbleu! les Caylus, les Croisenois, les de Luz eux-mêmes. Ce moment, et la sotte figure que je ferai au milieu d’eux, sera ce qui les aura séduits. Gare le sort d’Abailard, M. le secrétaire!

    Eh bien, parbleu! messieurs, vous porterez de mes marques, je frapperai à la figure, comme les soldats de César à Pharsale … Quant aux lettres, je puis les mettre en lieu sûr.

    Julien fit des copies des deux dernières, les cacha dans un volume du beau Voltaire de la bibliothèque, et porta lui-même les originaux à la poste.

    Quand il fut de retour : Dans quelle folie je vais me jeter! se dit-il avec surprise et terreur. Il avait été un quart d’heure sans regarder en face son action de la nuit prochaine.

    Mais, si je refuse, je me méprise moi-même dans la suite! Toute la vie cette action sera un grand sujet de doute, et, pour moi, un tel doute est le plus cuisant des malheurs. Ne l’ai-je pas éprouvé pour l’amant d’Amanda! Je crois que je me pardonnerais plus aisément un crime bien clair ; une fois avoué, je cesserais d’y penser.

    Quoi! j’aurai été en rivalité avec un homme portant un des plus beaux noms de France, et je me serai moi-même, de gaieté de cœur, déclaré son inférieur! Au fond, il y a de la lâcheté à ne pas aller. Ce mot décide tout, s’écria Julien en se levant… d’ailleurs elle est bien jolie!

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