• Le héros épique au Moyen-Age

    Au Moyen-Age, les premiers romans de notre littérature apparaissent. Le mot roman désigne d'abord la langue vulgaire issue du latin, puis un récit (les premiers sont versifiés) dans cette langue.

    Les chansons de gestes célèbrent les exploits de guerriers comme Charlemagne et son neveu Roland.

    Plus tard, la littérature courtoise ajoute aux qualités guerrières des héros, des valeurs chevaleresques.  Ce sont les romans arthuriens de Chrétien de Troie au XIIème siècle, qui mettent en scène les personnages de la cour du roi Arthur, Perceval, Yvain, Lancelot, ou encore des légendes comme celle de Tristan et Iseut.


      Le Roman de Tristan et Iseut[i]  raconte l'amour malheureux de Tristan, neveu du roi Marc, roi de Cornouailles, et de la princesse Yseult, épouse du roi Marc. Dans ce passage situé avant la rencontre des futurs amants, le héros, Tristan, va affronter sur une petite île le Morholt, un puissant seigneur irlandais qui exige du roi Marc une terrible rançon  : trois cent jeunes gens et trois cents jeunes filles.

     

    Tristan monta seul dans une barque et cingla1 vers l’île Saint-Samson. Mais le Morholt avait tendu à son mât une voile de riche pourpre, et le premier il aborda dans l’île. Il attachait sa barque au rivage, quand Tristan, touchant terre à son tour, repoussa du pied la sienne vers la mer.

    « Vassal, que fais-tu ? dit le Morholt, et pourquoi n’as-tu pas retenu comme moi ta barque par une amarre ?

    - Vassal, à quoi bon ? répondit Tristan. L’un de nous reviendra seul vivant d’ici : une seule barque ne lui suffit-elle pas ? »

    Et tous deux, s’excitant au combat par des paroles outrageuses, s’enfoncèrent dans l’île.

    Nul ne vit l’âpre bataille ; mais, par trois fois, il sembla que la brise de mer portait au rivage un cri furieux. Alors, en signe de deuil, les femmes battaient leurs paumes en chœur, et les compagnons du Morholt, massés à l’écart devant leurs tentes, riaient. Enfin, vers l’heure de none2, on vit au loin se tendre la voile de pourpre ; la barque de l’Irlandais se détacha de l’île, et une clameur de détresse retentit : « Le Morholt ! Le Morholt ! » Mais, comme la barque grandissait, soudain, au sommet d’une vague, elle montra un chevalier qui se dressait à la proue ; chacun de ses poings tendait une épée brandie : c’était Tristan. Aussitôt vingt barques volèrent à sa rencontre et les jeunes hommes se jetaient à la nage. Le preux s’élança sur la grève et, tandis que les mères à genoux baisaient ses chausses de fer, il cria aux compagnons du Morholt :

    « Seigneurs d’Irlande, le Morholt a bien combattu. Voyez : mon épée est ébréchée, un fragment de la lame est resté enfoncé dans son crâne. Emportez ce morceau d’acier, seigneurs : c’est le tribut3 de la Cornouailles ! »

    Alors il monta vers Tintagel3. Sur son passage, les enfants délivrés agitaient à grands cris des branches vertes, et de riches courtines4 se tendaient aux fenêtres. Mais quand, parmi les chants d’allégresse, aux bruits des cloches, des trompes et des buccines5, si retentissants qu’on n’eût pas ouï Dieu tonner, Tristan parvint au château, il s’affaissa entre les bras du roi Marc : et le sang ruisselait de ses blessures.

     Le Roman de Tristan et Iseut, Chapitre II. 

     

    1 cingla : navigua

    2 l'heure de none : midi

    3 tribut : rançon

    4 Tintagel : Demeure du roi Marc

    5 courtines : tentures, tissus

    6 buccines : trompettes

     


    [i]     Le manuscrit original (s’il a existé) du Roman de Tristan et Iseut s’est perdu. Il reste des fragments en octosyllabes de récits mis en forme au XII ème siècle par Thomas et Béroul ; ces deux conteurs ont repris la légende à l’intention d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantegenêt. Ils s’inspirent de la « matière de Bretagne », aux sources des aventures des chevaliers de la Table ronde, et de la civilisation courtoise.

     

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