• La poésie travaille sur la langue et utilise de nombreuses figures de style, qu'il faut savoir reconnaître. Voici un rappel des principales figures de style, et des exercices. Vous pouvez aussi consulter le manuel Bordas p. 48 à 51.

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    Contenu recopié ci-dessous :

    Les principales figures de style

     

    I. Figures lexicales

     

    comparaison : établit un rapport entre comparé et comparant au moyen d'un élément comparatif (comme, ainsi que...)

     

    métaphore :  établit un rapport entre comparé et comparant sans élément comparatif. Le comparé n'est pas toujours présent (métaphore in absentia ou implicite) : « le soleil du matin Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle ».

     

    personnification (cas particulier de métaphore ; assimile le comparé à une personne) les pleurs de l'aube

     

    allégorie : présente une abstraction sous une forme concrète : « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille »

     

    périphrase : l'espoir du laboureur = la moisson ; le roi des animaux = le lion

     

    gradation : je me meurs, je suis mort, je suis assassiné

     

    euphémisme : atténue le sens d'un mot qui évoque une chose désagréable ; le malin pour le diable ; partir pour mourir

     

    métonymie : transfert par lequel, au lieu du mot propre, on emploie un mot qui a un rapport avec celui-ci.

    Nous avons bu une bonne bouteille. (contenant pour désigner le contenu)

    Montrez-moi votre travail (cause pour le résultat)

    du cognac (lieu d'origine)

    un Picasso (le peintre pour le tableau)

    une fine lame, une grande plume (instrument utilisé, pour la personne)

     

    synecdoque : cas particulier de métonymie, dans lequel on désigne le tout par une partie ou une qualité

    une voile : un bateau

    une lame : une épée

    un bleu de travail : un vêtement bleu

    un bronze : une statue de bronze

     

    II. Figures syntaxiques

     

    inversion : Périsse le Troyen, auteur de nos alarmes

     

    chiasme : construction croisée : La neige fait au nord / ce qu'au sud fait le sable.

     

    anaphore : Marcher à jeun, marcher vaincu, marcher malade

     

    III. Figures phonologiques

     

    allitération : répétition de sons consonantiques : Aboli bibelot d'inanité sonore

     

    assonance :  répétition de sons vocaliques

    Avec des feuilles dans sa barbe / Et ses yeux creux qui vous regardent (assonance en e / eu)

     

    Exercices

     

    1. Synecdoque ou métonymie ?

    Mettez en gras les mots qui sont des métonymies , en italique les synecdoques.

     

    a) Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévôts ?

    b) Il envoya une flotte de cent voiles au Péloponnèse

    c) Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir

    Je le remets au tien pour venger et punir.

    d) Enfin, j'ai quitté la robe pour l'épée.

    e) Depuis plus de six mois éloigné de mon père,

    J'ignore le destin d'une tête si chère.

     

    2. Métaphore ou comparaison ?

    Mettez en gras les métaphores, en italique les comparaisons.

     

    a)Tandis que près de moi les petits sont joyeux

    Comme des oiseaux sur les grèves

    Mon cœur gronde et bouillonne, et je sens lentement,

    Couvercle soulevé par un flot écumant,

    S'entrouvrir mon front plein de rêves.

    b) Et des rires s'élevèrent, pareils au clapotement des flots.

    c) Les claviers résonnaient ainsi que des cigales.

    d) Et la Sainte-Chapelle a l'air de s'envoler.

     

     

    3. Expliquez les métaphores : quel est le point commun entre comparant et comparé ? A quel domaine le comparant appartient-il ? (sensation visuelle, auditive … ; sentiment ; champ lexical particulier). Qu'est-ce que l'auteur veut évoquer ?

     

    a) Le couchant est si beau parmi les arbres d'or qu'il ensanglante.

    b) Une autre étoile filante patina d'un bord à l'autre de la nuit.

    c) L'herbe verte, le lierre, le chiendent, l'églantier sauvageon

    Font, depuis trois cents ans, l'assaut de ce donjon.

    d) J'entends vibrer d'un moucheron l'arabesque sonore.

    e) Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes.

    f) Une bise cinglante cisaille les visages.


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  • Revoyez les notions essentielles sur la versification dans le manuel Bordas p. 235.

    Quelques exercices pour vous entraîner : à faire sans imprimer, directement au traitement de texte.

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    Contenu recopié ci-dessous :

    Exercices sur la versification

     

    I. Le compte des syllabes

     

    1. Mettez en gras les syllabes dans lesquelles on prononce le e muet. (les vers sont des alexandrins)

     

    a) O ma mère ! - Hé bien ! Quoi ? - Le temple est profané.

    b) La vieille femme assise au seuil de sa maison

    c) Ma sève refroidie avec lenteur circule.

    d) La terre jeune encore et vierge de désastres

    e) Si tu n'aimes un père, au moins redoute un juge.

     

    2. Mettez en gras les mots qui contiennent une diérèse, en italiques ceux qui contiennent une synérèse

     

    a) Et je laisse les dieux bruire et bougonner.

    b) Quand je tiens un bon duel, je ne le lâche pas.

    c) Exhale comme un son triste et mélodieux.

    d) Sotte discrétion ! Je voulus faire accroire

        Qu'un poète n'est bizarre et fâcheux qu'après boire.

    e) Mais quoiqu'ils n'aient pas mis mon cœur dans tes liens.

    f) Et le temple déjà sortait de ses ruines.

     

    II. Les rimes

     

    1. Ces rimes sont-elles défectueuses, pauvres, suffisantes, riches ?

     

     

    défectueuse

    pauvre

    suffisante

    riche

    somptueux – monstrueux

     

     

     

     

    trône – colonne

     

     

     

     

    faim – parfum

     

     

     

     

    merci – Poissy

     

     

     

     

    estoc – stock

     

     

     

     

    défunt – parfum

     

     

     

     

    bleue – émue

     

     

     

     

    subtile – rutile

     

     

     

     

    drapeau – chapeau

     

     

     

     

    trouvé – rêvée

     

     

     

     

    étagée – attachée

     

     

     

     

    express – s'empresse

     

     

     

     

    méritait – chérissait

     

     

     

     

    parti – converti

     

     

     

     

     

     

    2. (facultatif) Reconstituez les vers de ce poème  en changeant l'ordre des mots de chaque strophe.

    Indices :

    Les vers sont des octosyllabes.

    Les rimes masculines (M) et féminines (F)sont organisées ainsi : FMMF - MFFM - FMMF - MFFM   - FMMF – MFFM

    Commencez par repérer les rimes.

     

    Voici la Jeanne qui, à califourchon sur son âne, part avec sa mère-grand, au petit jour, pour la foire de Saint-Laurent.

     

    Déjà les coqs ont sonné la diane. C'est l'heure du réveil. Au premier soleil il n'est pas de ferme bressane qui ne s'ouvre.

     

    Les lourds charriots vont roulant en longue file, sur la grand'route. Gens et bêtes, chacun caracolant, s'empresse vers la ville.

     

    Ici un grand bouc maigre à barbe rousse, ses vieilles cornes en arrêt, apparaît, grave et lent, près d'un agneau qui se trémousse.

     

    C'est une chèvre folle qui grappille, plus loin, à tous les buissons, un jeune veau qui cabriole, une truie et ses nourrissons.

     

    Puis, barrant le chemin, leur bâton noueux à la main, viennent laboureurs, valets de charrue, à face rougeaude et bourrue.

     

    III. Le rythme

     

    1. Mettez en gras les mots en rejet, en italiques les mots en contre-rejet.

     

    a)                                                          Tout mot

    Etait un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud

    b) J'ai connu l'an dernier un jeune homme nommé

    Mardoche

    c) Les derniers traits de l'ombre empêchaient qu'il ne voie

    Le filet.

    d) Cette troupe s'enflait en avançant, de sorte

    Qu'on eût dit qu'elle avait l'Afrique pour escorte.

    e) Et certes ce n'est pas nous qui

    Nous piquons d'être psychologues.

    f) Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux

    Tombaient ; elle changeait en désert Babylone.

    g) Alors le mort sortit du sépulcre ; ses pieds

    Des bandes du linceul étaient encor liés.

     

    2. Quel est l'effet de l'enjambement dans les exemples suivants ?

     

    a) Un rat des plus petits voyait un éléphant

    Des plus gros et raillait le marcher un peu lent

    De la bête de haut parage.

    b) Nul n'échappe.Arrêtez ! Il faut payer, de gré

    Ou de force, en passsant dans le noir bois sacré.

    c) Pour que le cèdre altier soit dans son droit, il faut

    Le consentement d'un brin d'herbe.

    d) Ce n'est pas une taille avantageuse, c'est

    Mon âme que je cambre ainsi qu'en un corset.

     

    3. Indiquez les coupes par un /. Mettez en gras les mots qui sont mis en valeur.

     

    a) Rien n'était si beau que vos envolées

    Dans le grand soleil de l'après-midi.

    b) Le sang de vos rois crie et n'est point écouté.

    c) Tes bassins endormis à l'ombre des grands arbres

    Verdissent en silence au milieu de l'oubli.

    d) Ils trottent, tout pareils à des marionnettes,

    Se traînent, comme font les animaux blessés.

    e) C'est de beaux yeux derrière des voiles,

    C'est le grand jour tremblant de midi,

    C'est,par un ciel d'automne attiédi,

    Le bleu fouillis des claires étoiles.

    f) Quand Marco pleurait, ses terribles larmes,

    Défiaient l'éclat des plus belles armes.

    g) Un air bien vieux, bien faible et bien charmant,

    Rôde discret, épeuré, quasiment.

     


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    Voici un ensemble de poèmes du XVIème siècle au XXIème siècle (recopiés ci-dessous. Lisez-les attentivement et répondez aux questions suivantes : 

    Questions sur le corpus

     1. Pour chaque poème, identifiez la forme du poème, le type de strophe, le type de vers (voir manuel Bordas p. 233 et 235)

     2. Quels sont les auteurs qui expriment leur vision du poète ? Précisez la conception du poète de chacun de ces auteurs.

     3. En quoi le texte de Ponge est-il un poème ?

     4. A partir de ce corpus, qu'est-ce qui fait la valeur de la poésie ?

     

    1. Clément Marot « Petite épître au roi », Les Epîtres, 1518

    En m'ébattant je fais rondeaux en rime,
    Et en rimant bien souvent, je m'enrime ;
    Bref, c'est pitié d'entre nous rimailleurs,
    Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
    Et quand vous plait, mieux que moi rimassez,
    Des biens avez et de la rime assez :
    Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,
    Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
    Or ce me dit (un jour quelque rimart)
    « Vien ça, Marot, trouves tu en rime art
    Qui serve aux gens, toi qui as rimassé ?
    - Oui vraiment, réponds-je, Henry Macé ;
    Car, vois-tu bien, la personne rimante
    Qui va au jardin de son sens la rime ente,
    Si elle n'a des biens en rimoyant,
    Elle prendra plaisir en rime oyant.
    Et m'est avis, qui si je ne rimois,
    Mon pauvre corps ne serait nourri mois,
    Ne demi-jour. Car la moindre rimette,
    C'est le plaisir, où faut que mon ris mette. »
    Si vous supplie, qu'à ce jeune rimeur
    Fassiez avoir par sa rime heur,
    Affin qu'on dise, en prose ou en rimant ;
    « Ce rimailleur, qui s'allait enrimant,
    Tant rimassa, rima et rimonna,
    Qu'il a connu quel bien par rime on a. »


    2. Victor Hugo, extrait de Les Rayons et les Ombres, 1840

    Peuples ! écoutez le poète !
    Écoutez le rêveur sacré !
    Dans votre nuit, sans lui complète,
    Lui seul a le front éclairé.
    Des temps futurs perçant les ombres,
    Lui seul distingue en leurs flancs sombres
    Le germe qui n’est pas éclos.
    Homme, il est doux comme une femme.
    Dieu parle à voix basse à son âme
    Comme aux forêts et comme aux flots. […]

     

    3. Charles Baudelaire, « Les fenêtres », Petits Poèmes en prose, édition posthume 1869.

      Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
      Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
      Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.
      Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.
      Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie? » Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?


    4. Francis Ponge, "Le pain", Le Parti pris des choses., 1942

      La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes. 

      Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

      Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois.

      Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...

      Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

     

    5. Raymond Queneau, extrait de Pour un art poétique, 1948

    Prenez un mot prenez en deux
    faites les cuir' comme des oeufs

    prenez un petit bout de sens
    puis un grand morceau d'innocence
    faites chauffer à petit feu
    au petit feu de la technique
    versez la sauce énigmatique
    saupoudrez de quelques étoiles
    poivrez et mettez les voiles
    Où voulez vous donc en venir ? 
    A écrire Vraiment ? A écrire ? 

     

     6. Louis Aragon, « Strophes pour se souvenir », Le Roman inachevé, 1956


    Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes 

    Ni l'orgue ni la prière aux agonisants 

    Onze ans déjà que cela passe vite onze ans 

    Vous vous étiez servi simplement de vos armes 

    La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans 


    Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes 

    Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants 

    L'affiche qui semblait une tache de sang 

    Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles 

    Y cherchait un effet de peur sur les passants 


    Nul ne semblait vous voir français de préférence 

    Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant 

    Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants 

    Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE 

    Et les mornes matins en étaient différents 


    Tout avait la couleur uniforme du givre 

    À la fin février pour vos derniers moments 

    Et c'est alors que l'un de vous dit calmement 

    Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre 

    Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand 


    Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

     Adieu la vie adieu la lumière et le vent 

    Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent 

    Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses 

    Quand tout sera fini plus tard en Erivan 


    Un grand soleil d'hiver éclaire la colline 

    Que la nature est belle et que le coeur me fend 

    La justice viendra sur nos pas triomphants 

    Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline 

    Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant 


    Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent 

    Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps 

    Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant 

    Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir 

    Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

     

    7. Alain Bosquet, « Passage d’un poète »,  Un jour après la vie, 1984

     

    Le poète est passé : un remous dans l'argile

                se dresse en monument,

    avec soudain le bras qui se profile,

                la lèvre et l'oeil aimants.

     

    Le poète est passé : le ruisseau qui hésite,

                devient fleuve royal ;

    il n'a plus de repos ni de limites ;

                il ressemble au cheval.

     

    Le poète est passé : au milieu du silence

                s'organise un concert,

    comme un lilas ; une pensée se pense,

                le monde s'est ouvert.

     

    Le poète est passé : un océan consume

                ses bateaux endormis.

    La plage est d'or et tous les ors s'allument

                pour s'offrir aux amis.

     

    Le poète est passé : il n'est plus de délire

                qui ne soit oeuvre d'art.

    Le vieux corbeau devient un oiseau-lyre.

                Il n'est jamais trop tard

     

    pour vivre quinze fois : si le poète hirsute

                repasse avant l'été,

    consultez-le car de chaque minute

                il fait l'éternité.

     

    8. Baudelaire, L'albatros, Les Fleurs du Mal, 1857

     

     Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage 

    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, 

    Qui suivent, indolents compagnons de voyage, 

    Le navire glissant sur les gouffres amers. 

     

     A peine les ont-ils déposés sur les planches, 

    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, 

    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches 

    Comme des avirons traîner à côté d'eux. 

     

     Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! 

    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! 

    L'un agace son bec avec un brûle-gueule, 

    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait ! 

     

    Le Poète est semblable au prince des nuées 

    Qui hante la tempête et se rit de l'archer ; 

    Exilé sur le sol au milieu des huées, 

    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. 


    9. Jacques Roubaud, Le lombric, Les Animaux de tout le monde, 2004 


    Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,

    le lombric se réveille et bâille sous le sol,

    étirant ses anneaux au sein des mottes molles

    il les mâche, digère et fore avec conscience.


    il travaille, il laboure en vrai lombric de France

    comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,

    il le connaît. Il meurt. La terre prend l'obole

    de son corps. Aérée, elle reprend confiance.


    Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre

    il laboure les mots, qui sont comme un grand champ

    où les hommes récoltent les denrées langagières;


    mais la terre s'épuise à l'effort incessant !

    sans le poète lombric et l'air qu'il lui apporte

    le monde étoufferait sous les paroles mortes.

     

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  • Le sujet : Shakespeare a écrit « L'objet du théâtre a été dès l'origine et demeure encore de présenter pour ainsi dire un miroir de la nature et de montrer à la vertu son portrait, à la niaiserie son visage et au siècle même et à la société de ce temps quels sont leurs aspects et leurs caractères ». Pensez-vous que cette affirmation rende totalement compte de la fonction du théâtre ?

    On dit que le théâtre est l'art de l'illusion. Shakespeare fait pourtant dire à l'un de ses personnages, dans Hamlet : « L'objet du théâtre a été dès l'origine et demeure encore de présenter pour ainsi dire un miroir de la nature et de montrer à la vertu son portrait, à la niaiserie son visage et au siècle même et à la société de ce temps quels sont leurs aspects et leurs caractères ». La fonction du théâtre est-elle seulement d'être un miroir de la réalité ? Après avoir examiné le bien-fondé de l'affirmation de Shakespeare, nous la nuancerons en constatant que le théâtre déforme souvent la réalité. C’est que cet art n'a pas besoin d'être réaliste pour atteindre ses objectifs.

     

    En utilisant la métaphore du miroir, Shakespeare veut dire que le théâtre a pour fonction de représenter au spectateur un tableau réaliste du monde. Ce qui se joue sur scène représente la vérité des comportements humains, qu’ils soient individuels ou collectifs. Au théâtre, le spectateur voit des hommes et des femmes agir et discuter comme dans la vraie vie ; mais il n’est pas partie prenante, il est à l’écart comme un observateur, et peut donc réfléchir sur ce qu'on lui donne à voir. En quelque sorte, l'objet du théâtre est de dire aux spectateurs : « Regardez comment vous êtes. Voyez comment l'homme peut se montrer grand et vertueux, mais aussi comme il peut être bête ».

    Shakespeare souligne ainsi la portée morale du théâtre, sa volonté d’édification : c’est le sens de l’expression « montrer à la vertu son visage ». C'est, selon lui, le rôle du théâtre « dès l'origine ». En effet, dans l'Antiquité, on considérait le théâtre comme un moyen d'éducation morale et civique. Tous les citoyens assistaient aux représentations. Au XVIIème siècle, le théâtre classique met sur scène des personnages héroïques, exemplaires par leur conduite noble et généreuse. Ainsi, dans Cinna, de Corneille, l'empereur Auguste pardonne à Cinna qui avait comploté contre lui pour l'assassiner, et fait donc preuve de clémence et de magnanimité. Au XXème siècle encore Giraudoux affirme : « Le spectacle est la seule forme d’éducation morale ou artistique d’une nation ».

    Le théâtre, selon Shakespeare, présente aussi « à la niaiserie son visage » : il met en lumière des défauts humains pour s'en moquer. C'est la comédie de caractère qui prend pour sujet les comportements ridicules de certains individus, et grossit jusqu'à la caricature des défauts qui ont existé de tout temps : le dramaturge latin Plaute dans sa comédie Aulularia (la Marmite) met en scène un avare, que Molière reprend ensuite dans son personnage d'Harpagon. Les personnages de niais sont légion au théâtre : ce sont par exemple des maris cocus, dans la comédie grecque d'Aristophane La Nuée des cocus, ou dans les vaudevilles de Courteline, Feydeau ou Labiche. Mais c'est Molière qui imagine un personnage de niais particulièrement réussi avec Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme : à la fois benêt et vaniteux, lui qui ne connaît pas les bonnes manières se met dans la tête de devenir un gentilhomme et se rend ridicule en cherchant à imiter les nobles. Molière reconnaît également la valeur éducatrice du théâtre en affirmant « le premier devoir de la comédie est de corriger les hommes en les divertissant. »

    Shakespeare donne encore pour fonction au théâtre de montrer « au siècle même et à la société de ce temps quels sont leurs aspects et leurs caractères ». Effectivement le théâtre ne s'intéresse pas à l'homme seulement en tant qu'individu, il l'envisage aussi en tant qu'être social. Il s'adresse à la société de son temps pour en critiquer les défauts, que ce soient des comportements sociaux ou des questions politiques. Ainsi Aristophane dans Les Guêpes se moque de l'habitude des Athéniens de son époque de faire des procès pour n'importe quoi : son personnage, le vieux Philocléon, atteint d'une maladie qui est la manie de juger, va jusqu'à organiser un procès contre son chien qui a volé du fromage. Au XVIIème siècle, Molière critique la société de son temps en se moquant de la préciosité dans Les Précieuses ridicules, et des dévôts hypocrites dans le Tartuffe. Victor Hugo exprime ses pensées progressistes sur le plan littéraire mais aussi sur le plan politique dans son théâtre : son personnage Ruy Blas, qui un homme du peuple, montre plus de noblesse d'âme que Don Salluste, un grand d'Espagne. Certains dramaturges vont plus loin dans l'engagement politique, comme Bertolt Brecht qui ose écrire en 1941 La Résistible ascension d'Arturo Ui, une transposition burlesque de la prise de pouvoir d'Adolf Hittler. A l 'époque de la seconde guerre mondiale également, en 1942, Jean Anouilh défend l'idée de résistance au pouvoir dans Antigone. Plus largement, le théâtre est une réflexion sur la vie. Ainsi les auteurs du « théâtre de l'absurde » au XXème siècle montrent que la vie n'a pas de sens : Beckett dans En attendant Godot souligne le manque de communication entre les hommes et l'absurdité du monde.

     

    Donc le théâtre, selon Shakespeare, offre au spectateur le reflet du comportement humain et de la société. Pourtant ce n'est pas une simple reproduction du réel, car le théâtre déforme la réalité. Hugo affirme ainsi dans la préface de Cromwell : « Le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans le monde, dans l'histoire, dans la vie, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette magique de l'art ».

     

    Les personnages de théâtre sont en quelque sorte stylisés, simplifiés, leurs traits sont grossis. Ils présentent moins de profondeur que les personnages de roman. Souvent on ne connaît pas leur passé ou on l'apprend par bribes. Ils peuvent se réduire à des types, des personnages caricaturés dans la comédie : le jeune amoureux, le vieillard grincheux et avare, le valet rusé sont des personnages types qui existent depuis la comédie antique,et que l'on retrouve chez Molière : Scapin dans les Fourberies de Scapin est un habile valet qui aide son jeune maître Léandre à extorquer de l'argent à son vieux père Géronte. Inversement dans la tragédie, les personnages sont grandis  : ils représentent non l'homme tel qu'il est, mais tel qu'il devrait être. On rencontre ainsi des personnages exceptionnels dans le mal (Médée qui tue ses propres enfants), la passion (Phèdre amoureuse de son beau-fils Hippolyte et qui se suicide), ou le bien (Polyeucte, dans la pièce éponyme de Corneille, est un martyr chrétien qui refuse de renoncer à sa foi). Le théâtre contemporain pousse parfois très loin ce refus du réalisme : Jean-Luc Lagarce, dans Histoire d'amour, refuse même toute identité à ses personnages en les nommant simplement « le Premier Homme », « le Deuxième Homme », « La Femme ».

    Les sentiments et les situations tranchent également avec la réalité de tous les jours. Selon Ionesco « le théâtre est dans l'exagération extrême des sentiments, exagération qui disloque la plate réalité quotidienne. » Le cadre spatial et temporel réduit, qui accentue les situations, les rend extrêmes. C'est vrai dans le théâtre classique et sa règle des trois unités qui resserre l'espace et le temps. La tragédie représente un moment de crise exceptionnelle : les passions s'exacerbent par exemple parce que l'état est en danger. Dans Horace, de Corneille, c'est parce que Rome, en guerre contre Albe, a choisi Horace comme champion pour la représenter contre la cité ennemie qu'Horace se trouve écartelé entre son devoir envers sa patrie, et l'amour qu'il éprouve pour Sabine, son épouse albaine. C'est vrai aussi dans le théâtre contemporain. Dans Art de Yasmina Réza, l'action se joue en une soirée au cours de laquelle un élément déclencheur – l'expression de goûts opposés sur un tableau d'art moderne- conduit trois amis à s'entredéchirer dans une atmosphère partagée entre le comique et le psychodrame. L'action resserrée au théâtre provoque aussi des raccourcis, des « coups de théâtre » qui paraissent peu vraisemblables, comme le retour inopiné de Thésée dans Phèdre.

    Enfin, la représentation elle-même éloigne le spectacle théâtral de la réalité. Le mot « théâtral » évoque quelque chose de factice, de faux. Les décors peuvent simplement suggérer un lieu sans le représenter de façon réaliste, comme dans la mise en scène du Médecin malgré lui de Jean Meyer en 1973 : de simples toiles peintes représentaient une forêt dans la scène d'exposition. De même, l'expression « un geste théâtral » donne l'idée d'un geste exagéré. Si les sentiments sont amplifiés, le jeu l'est également, de façon variable selon les époques et les genres. Dans le comique on peut aller jusqu'à la farce et ses jeux de scène, ses coups de bâton (comme dans la scène de la galère dans les Fourberies de Scapin). On peut avoir des passages chantés, des jeux à la manière de la commedia dell'arte (par exemple dans la mise en scène du Médecin malgré lui de Dario Fo). Si l'on joue maintenant les tragédies classiques avec une diction plus proche du phrasé naturel, comme dans les mises en scène de Patrice Chéreau, autrefois les acteurs accentuaient le tragique par le ton et les gestes. Enfin les monologues, courants au théâtre, se rencontrent peu dans la vie réelle, et les apartés dans lesquels les acteurs s'adressent au public rappellent qu'on assiste à un spectacle.

     

    On constate donc que le théâtre n'est pas une simple reproduction de la réalité. Son objet premier n'est pas la recherche du réalisme, car les fonctions qu'il remplit ne le nécessitent pas.

     

    En effet, si, comme le dit Shakespeare, le théâtre montre à l'homme la vérité de ce qu'il est pour le faire réfléchir, il n'a pas besoin de le faire de façon réaliste. Le sens d'une pièce peut être symbolique. Ainsi, lorsque dans Rhinocéros de Ionesco, les citadins se transforment les uns après les autres en rhinocéros, on peut comprendre cette métamorphose comme l'oubli de leur humanité : la pièce est une mise en garde contre l'abrutissement, le conformisme et la bêtise. Quand les personnages de La Cantatrice chauve, du même auteur, échangent des propos sans plus de signification qu'un dialogue de la méthode Assimil, c'est un moyen pour l'auteur de « grossir les ficelles de l'illusion théâtrale » et d'exprimer l'absurdité de la vie. De même, le choix du décor n'est pas toujours réaliste : un décor épuré, avec une ambiance créée par des jeux de lumière permet de marquer des oppositions entre des personnages. Pour Brecht aussi, tout ce qui rappelle au spectateur qu'il est au théâtre, qu'on est dans le factice, donc qui provoque la distanciation, est un moyen de faire réfléchir le spectateur. Enfin le décor, les positions et les déplacements des personnages peuvent également s'interpréter de façon symbolique.

    Le théâtre ne vise pas seulement à faire réfléchir, il cherche aussi à provoquer des sentiments, des émotions, à faire rire des défauts des hommes en les exagérant, à bouleverser en montrant des passions démesurées. Selon Pierre-Aimé Touchard qui fut administrateur de la Comédie-Française, le théâtre veut « montrer à l'homme jusqu'à quel point extrême peuvent aller son amour, sa haine, sa colère, sa joie, sa crainte, sa cruauté, lui faire prendre conscience de ses virtualités, de ce qu'il serait en un monde sans entraves ». Pour le philosophe grec Aristote, théoricien du théâtre dans l'antiquité, la tragédie suscite chez le spectateur la terreur et la pitié ; le fait qu'il s'agisse d'une représentation du réel (mimésis en grec) et non de la réalité, permet la catharsis, la purification de ces passions.

    Enfin il ne faut pas oublier que le théâtre est un spectacle, qui cherche à séduire le spectateur, à le faire rêver, à l'émerveiller. Des décors spectaculaires, des masques et des marionnettes, les costumes, le maquillage, les accessoires contribuent à enchanter le spectateur, ou à le faire sortir de la réalité quotidienne. Déjà dans l'Antiquité il existait des machines permettant de faire apparaître sur scène, de façon inattendue, un acteur jouant un dieu, d'où l'expression « deus ex machina ». Aujourd 'hui les moyens techniques permettent aux metteurs en scène de donner libre cours à leur imagination pour nous emmener loin de la réalité : ainsi l'Ile des esclaves de Marivaux a donné lieu à des mises en scène très diverses et surprenantes, comme celle d'Irina Brook, présentée à la manière d'une comédie musicale, ou encore celle de Paulo Correia à Nice en 2011, accompagnée de vidéos spectaculaires, et qui transpose l'action dans un monde de science-fiction.

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