• L'émission sur France-Inter "ça peut pas faire de mal" du samedi 21 janvier était consacrée au roman de Stendhal Le Rouge et le Noir. L'émission consiste à la lecture d'extraits de grandes oeuvres de la littérature.

    Dix extraits sont lus, avec une courte introduction.

    Vous pouvez réécouter l'émission ou la podcaster à l'adresse suivante : 

    http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-le-rouge-et-le-noir-le-chef-d-oeuvre-de-stendhal

     


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  • Une libraire explique pourquoi elle aime le roman de Stendhal


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  •  Deux bandes-annonces d'adaptations cinématographiques :

    un film de Christian-Jaque en 1948, avec Gérard Philippe

     

     

    Un téléfilm italien de 1982, de Mauro Bolognini


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  • D’origine espagnole, le roman picaresque met en scène comme personnage principal un picaro qui est un aventurier, un vagabond qui parcourt les routes et gagne sa vie par des moyens pas toujours honnêtes. C’est un anti-héros qui s’oppose aux héros des romans de chevalerie.
    La structure du roman est très libre et se présente comme une série d’épisodes au cours desquels le héros (dans le sens de personnage principal) rencontre toutes sortes de personnages dans différents milieux sociaux. C’est l’occasion d’une satire de la société.
     

    Un célèbre roman espagnol
    L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes (publié en deux parties, en 1605 et 1615).
    Le roman suit la structure du roman picaresque, mais le héros n’est pas un picaro ; Don Quichotte est un hidalgo sans fortune qui n’a qu’une vieille épée et une armure rouillée. Chevalier errant, il parcourt l’Espagne sur sa vieille jument Rossinante, accompagné de son valet Sancho Panza. L’esprit troublé par les romans de chevalerie qu’il a lus, il part avec l’idée de défendre les opprimés, et confond ses illusions avec la réalité : dans un épisode célèbre, il combat des moulins à vent qu’il prend pour des géants.
     
     
    En France
    Gil Blas de Santillane, d’Alain René Lesage (1668-1747)
    Le roman, publié en trois parties, en 1715, 1724 et 1735, retrace la vie et les aventures de Gil Blas, à partir du moment où il part à l’aventure à 17 ans, jusqu’à ses vieux jours. C’est un récit à la 1ère personne : Gil Blas âgé raconte sa propre histoire.
    Le roman est situé en Espagne mais décrit, à travers les divers personnages rencontrés par le héros (voleurs, prêtres, médecins, ministres…) la société française, sur le mode satirique. C’est à la fois un roman de moeurs et un roman de formation.
    Lesage a aussi publié une traduction du Don Quichotte de Cervantes.
     
    Un extrait

    Nous attendions que la fortune nous offrît quelque bon coup à faire, quand nous aperçûmes un religieux de l’ordre de Saint-Dominique, monté, contre l’ordinaire de ces bons pères, sur une mauvaise mule. « Dieu soit loué, s’écria le capitaine en riant, voici le chef-d’œuvre de Gil Blas. Il faut qu’il aille détrousser ce moine : voyons comme il s’y prendra. » Tous les voleurs jugèrent qu’effectivement cette commission me convenait, et ils m’exhortèrent à m’en bien acquitter. « Messieurs, leur dis-je, vous serez contents. Je vais mettre ce père nu comme la main, et vous amener ici sa mule. - Non, non, dit Rolando, elle n’en vaut pas la peine. Apporte-nous seulement la bourse de Sa Révérence. C’est tout ce que nous exigeons de toi. - Je vais donc, repris-je, sous les yeux de mes maîtres, faire mon coup d'essai ; j'espère qu'ils m'honoreront de leurs suffrages. » Là-dessus je sortis du bois, et poussai vers le religieux, en priant le ciel de me pardonner l’action que j’allais faire, car il n'y avait pas assez longtemps que j'étais avec ces brigands pour la faire sans répugnance. J’aurais bien voulu m’échapper dès ce moment-là ; mais la plupart des voleurs étaient encore mieux montés que moi : s’ils m’eussent vu fuir, ils se seraient mis à mes trousses, et m’auraient bientôt rattrapé, ou peut-être auraient-ils fait sur moi une décharge de leurs carabines, dont je me serais fort mal trouvé. Je n’osai donc hasarder une démarche si délicate. Je joignis le père et lui demandai la bourse, en lui présentant le bout d’un pistolet. Il s’arrêta tout court pour me considérer; et, sans paraître fort effrayé : « Mon enfant, me dit-il, vous êtes bien jeune. Vous faites de bonne heure un vilain métier. - Mon père, lui répondis-je, tout vilain qu’il est, je voudrais l’avoir commencé plus tôt. - Ah ! mon fils, répliqua le bon religieux, qui n’avait garde de comprendre le vrai sens de mes paroles, que dites-vous ? Quel aveuglement ! Souffrez que je vous représente l’état malheureux… - Oh ! mon père, interrompis-je avec précipitation, trêve de morale, s’il vous plaît : je ne viens pas sur les grands chemins pour entendre des sermons : il ne s'agit point ici de cela ; il faut que vous me donniez des espèces. Je veux de l’argent. - De l’argent ? me dit-il d’un air étonné ; vous jugez bien mal de la charité des Espagnols, si vous croyez que les personnes de mon caractère aient besoin d’argent pour voyager en Espagne. Détrompez-vous. On nous reçoit agréablement partout. On nous loge. On nous nourrit, et l’on ne nous demande que des prières. Enfin nous ne portons point d’argent sur la route ; nous nous abandonnons à la Providence. - Non,  non, non, lui repartis-je, vous ne vous y abandonnez pas. Vous avez toujours de bonnes pistoles pour être plus sûrs de la Providence. Mais, mon père, ajoutai-je, finissons : mes camarades, qui sont dans ce bois, s’impatientent ; jetez tout à l’heure votre bourse à terre, ou bien je vous tue. »

    A ces mots, que je prononçai d’un air menaçant, le religieux sembla craindre pour sa vie. « Attendez, me dit-il, je vais donc vous satisfaire, puisqu’il le faut absolument. Je vois bien qu’avec vous autres, les figures de rhétorique sont inutiles. » En disant cela, il tira de dessous sa robe une grosse bourse de peau de chamois, qu’il laissa tomber à terre. Alors je lui dis qu’il pouvait continuer son chemin, ce qu’il ne me donna pas la peine de répéter. Il pressa les flancs de sa mule, qui, démentant l’opinion que j’avais d’elle, car je ne la croyais pas meilleure que celle de mon oncle, prit tout à coup un assez bon train. Tandis qu’il s’éloignait, je mis pied à terre. Je ramassai la bourse qui me parut pesante. Je remontai sur ma bête et regagnai promptement le bois, où les voleurs m’attendaient avec impatience, pour me féliciter, comme si la victoire que je venais de remporter m'eût coûté beaucoup. A peine me donnèrent-ils le temps de descendre de cheval, tant ils s’empressaient de m’embrasser. « Courage, Gil Blas, me dit Rolando, tu viens de faire des merveilles. J’ai eu les yeux sur toi pendant ton expédition ; j’ai observé ta contenance ; je te prédis que tu deviendras un excellent bandit de grand chemin, ou je ne m'y connais pas ». Le lieutenant et les autres applaudirent à la prédiction et m’assurèrent que je ne pouvais manquer de l’accomplir quelque jour. Je les remerciai de la haute idée qu’ils avaient de moi et leur promis de faire tous mes efforts pour la soutenir.

    Lesage, Gil Blas de Santillane (1715-1735)
    Livre I, chap.VIII

     
     
     
    L’influence du roman picaresque est aussi sensible dans Jacques le Fataliste et son maître (publié en 1796), où Denis Diderot utilise la forme libre du roman picaresque pour développer des idées philosophiques : le roman relate les aventures et les conversations de deux personnages, Jacques et son maître, qui parcourent les routes à cheval sans destination connue.
    Plus tard au XXème siècle dans le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (1932), Bardamu est un personnage picaresque qui, après s’être engagé dans l’armée et connu les combats de la première guerre mondiale, part pour l’Afrique soumise au colonialisme, puis travers l’Atlantique pour aller en Amérique, où il fréquente des milieux misérables, avant de rentrer en France où il devient médecin des pauvres.
     
     
    Contexte littéraire
    En France, après la mort de Louis XIV en 1715, les milieux littéraires se détachent de la cour pour évoluer dans les cercles et les salons philosophiques. L’esprit des Lumières succède à la vision du monde classique.
    Le genre dominant au XVIIIème est l’essai critique : L’Esprit des lois (1748) de Montesquieu ; Du Contrat social ((1762) de Rousseau ; Le Dictionnaire philosophique ((1764) de Voltaire ; l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
    Le roman et le théâtre sont des genres plus secondaires bien qu’ils aient donné lieu à des chefs d’oeuvre.
    En particulier, le roman se développe à travers des formes diverses qui cherchent à prendre l’apparence de la réalité, en se présentant comme une autobiographie imaginaire (Manon Lescaut), des mémoires (La Religieuse), des échanges épistolaires (La Nouvelle Héloïse, Les Liaisons dangereuses).
    En Espagne le roman picaresque s’est développé aux XVIème et XVIIème siècles.
     
     
    Contexte historique
    1715 mort de Louis XIV. Règne de Louis XV
    1715-1723 La Régence
    1723 début du règne personnel de Louis XV
    1741-1748 guerre de succession d’Autriche
    1756-1763 guerre de Sept ans
    1774 mort de Louis XV. Règne de Louis XVI
    1789 Révolution française
    1799 coup d’état du 18 brumaire (Bonaparte prend le pouvoir)

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  • En relation avec l'évolution de la société et en particulier de la noblesse qui forme le lectorat (abandon des valeurs guerrières et féodales), on recherche plus de raffinement dans la littérature.

    Le genre romanesque prend son essor du roman avec le roman baroque qui répond au goût du public (la noblesse) pour des histoires d'amour, dans un cadre champêtre idéalisé ; ex l'Astrée, d'Honoré d'Urfé, roman fleuve de 5000 pages. (publié de 1707 à 1727 en plusieurs parties)

    Puis c'est la période classique avec son idéal de « l'honnête homme » raffiné et cultivé.

    Le premier roman psychologique : La Princesse de Clèves (1678) Mme de La Fayette. Il s'agit d'un roman classique : au contraire des multiples péripéties du roman baroque, ici l'action est réduite au minimum. Mme de La Fayette s'intéresse à la psychologie des personnages et analyse le conflit interne de lMme de Clèves, partagée entre l'amour qu'elle éprouve pour un autre que son mari, et la conscience du devoir que lui a inculquée sa mère.

    le portrait de Melle de Chartres au début du roman (future princesse de Clèves)

    puis le portrait du duc de Nemours dont elle tombera amoureuse

    Melle de Chartres.

     Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux.


    Le duc de Nemours

    Ce prince était un chef-d'oeuvre de la nature ; ce qu'il avait de moins admirable était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul ; il avait un enjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s'habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir être imitée, et enfin, un air dans toute sa personne, qui faisait qu'on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait. Il n'y avait aucune dame dans la cour, dont la gloire n'eût été flattée de le voir attaché à elle ; peu de celles à qui il s'était attaché se pouvaient vanter de lui avoir résisté, et même plusieurs à qui il n'avait point témoigné de passion n'avaient pas laissé d'en avoir pour lui. Il avait tant de douceur et tant de disposition à la galanterie, qu'il ne pouvait refuser quelques soins à celles qui tâchaient de lui plaire : ainsi il avait plusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner celle qu'il aimait véritablement. 


    Les deux personnages dans un extrait du film de Jean Delannoy de 1961




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  • Au Moyen-Age, les premiers romans de notre littérature apparaissent. Le mot roman désigne d'abord la langue vulgaire issue du latin, puis un récit (les premiers sont versifiés) dans cette langue.

    Les chansons de gestes célèbrent les exploits de guerriers comme Charlemagne et son neveu Roland.

    Plus tard, la littérature courtoise ajoute aux qualités guerrières des héros, des valeurs chevaleresques.  Ce sont les romans arthuriens de Chrétien de Troie au XIIème siècle, qui mettent en scène les personnages de la cour du roi Arthur, Perceval, Yvain, Lancelot, ou encore des légendes comme celle de Tristan et Iseut.


      Le Roman de Tristan et Iseut[i]  raconte l'amour malheureux de Tristan, neveu du roi Marc, roi de Cornouailles, et de la princesse Yseult, épouse du roi Marc. Dans ce passage situé avant la rencontre des futurs amants, le héros, Tristan, va affronter sur une petite île le Morholt, un puissant seigneur irlandais qui exige du roi Marc une terrible rançon  : trois cent jeunes gens et trois cents jeunes filles.

     

    Tristan monta seul dans une barque et cingla1 vers l’île Saint-Samson. Mais le Morholt avait tendu à son mât une voile de riche pourpre, et le premier il aborda dans l’île. Il attachait sa barque au rivage, quand Tristan, touchant terre à son tour, repoussa du pied la sienne vers la mer.

    « Vassal, que fais-tu ? dit le Morholt, et pourquoi n’as-tu pas retenu comme moi ta barque par une amarre ?

    - Vassal, à quoi bon ? répondit Tristan. L’un de nous reviendra seul vivant d’ici : une seule barque ne lui suffit-elle pas ? »

    Et tous deux, s’excitant au combat par des paroles outrageuses, s’enfoncèrent dans l’île.

    Nul ne vit l’âpre bataille ; mais, par trois fois, il sembla que la brise de mer portait au rivage un cri furieux. Alors, en signe de deuil, les femmes battaient leurs paumes en chœur, et les compagnons du Morholt, massés à l’écart devant leurs tentes, riaient. Enfin, vers l’heure de none2, on vit au loin se tendre la voile de pourpre ; la barque de l’Irlandais se détacha de l’île, et une clameur de détresse retentit : « Le Morholt ! Le Morholt ! » Mais, comme la barque grandissait, soudain, au sommet d’une vague, elle montra un chevalier qui se dressait à la proue ; chacun de ses poings tendait une épée brandie : c’était Tristan. Aussitôt vingt barques volèrent à sa rencontre et les jeunes hommes se jetaient à la nage. Le preux s’élança sur la grève et, tandis que les mères à genoux baisaient ses chausses de fer, il cria aux compagnons du Morholt :

    « Seigneurs d’Irlande, le Morholt a bien combattu. Voyez : mon épée est ébréchée, un fragment de la lame est resté enfoncé dans son crâne. Emportez ce morceau d’acier, seigneurs : c’est le tribut3 de la Cornouailles ! »

    Alors il monta vers Tintagel3. Sur son passage, les enfants délivrés agitaient à grands cris des branches vertes, et de riches courtines4 se tendaient aux fenêtres. Mais quand, parmi les chants d’allégresse, aux bruits des cloches, des trompes et des buccines5, si retentissants qu’on n’eût pas ouï Dieu tonner, Tristan parvint au château, il s’affaissa entre les bras du roi Marc : et le sang ruisselait de ses blessures.

     Le Roman de Tristan et Iseut, Chapitre II. 

     

    1 cingla : navigua

    2 l'heure de none : midi

    3 tribut : rançon

    4 Tintagel : Demeure du roi Marc

    5 courtines : tentures, tissus

    6 buccines : trompettes

     


    [i]     Le manuscrit original (s’il a existé) du Roman de Tristan et Iseut s’est perdu. Il reste des fragments en octosyllabes de récits mis en forme au XII ème siècle par Thomas et Béroul ; ces deux conteurs ont repris la légende à l’intention d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantegenêt. Ils s’inspirent de la « matière de Bretagne », aux sources des aventures des chevaliers de la Table ronde, et de la civilisation courtoise.

     


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